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Portioncule

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Ce mot étrange est écrit parfois portiuncule : ainsi, gravée en lettres dorées sur une plaque de marbre apposée dans une chapelle désaffectée, cette inscription « indulgence plénière de la portiuncule, etc. », suivie du nom d’un pape et d’une date (dans les années 1840). Il est attesté à compter du XIIIe siècle, d’abord au sens de « (petite) part de nourriture », puis de « portion », comme dans cet exemple « cette petite portioncule de l’humanité », enfin dans le sens religieux : « indulgence accordée en 1221 à la prière de saint François d’Assise, par le pape Honorius III, à une église qui existait sur le champ dit portioncule appartenant aux bénédictins du Mont-Sublac près d’Assise et étendue depuis à d’autres églises » (parmi lesquelles la chapelle mentionnée ci-dessus), comme dans cet exemple de 1693 : « Quant au petit héritage de la portiuncule que lesdits religieux nous ont demandé... » ou dans le Dictionarie of French and English Tongues de Cotgrave (1611) : « an indulgence obtained by S. Francis, of the Virgin Mary, for the remission of all the sinnes ». L’article qui y est consacré dans L’Encyclopédie (1751-65) est plus précis : « (nom de lieu et Histoire ecclésiastique) la première maison de l’ordre de St. François fondée par lui-même, près d’Assise, dans le duché de Spolete en Italie. N’ayant pas de quoi loger ceux qui désiraient se joindre à lui et à ses douze premiers disciples, il demanda aux Bénédictins l’église de la Portioncule, la plus pauvre de ces quartiers, et qu’il avait autrefois réparée. Elle lui fut accordée. Il s’y établit, et cette maison devint la pépinière de toute la nombreuse race des frères Mineurs. On dit que l’indulgence de la Portioncule a été accordée à St. François par Jésus-Christ même », ce qui amène le rédacteur (agnostique ?) de cet article à conclure par cette chute ironique : « et on écrit tant d’autres fables qu’on aurait tort de douter de celle-ci ».

Dans les sixième et septième éditions du Dictionnaire de l’Académie française (1832-35 et 1879), portioncule n’est suivi que du sens profane « petite portion » et de la remarque « il est peu usité ». Le sens religieux oublié est exposé dans le Complément de Barré (1842) : « (hist. ecclésiastique) nom de la première maison de l’ordre de Saint-François, fondée par ce saint lui-même, près d’Assise, dans le duché de Spolète ; indulgence de la portioncule s’est dit d’une indulgence accordée à saint François, selon une légende, par Jésus-Christ qui apparut à ce saint ». Quant à Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), il se contente d’ajouter au sens profane « petite portion » le nom propre du lieu où Saint-François établit son ordre : « nom de la première maison de l’ordre de Saint-François, fondée par lui-même près d’Assise ». L’article de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) suit assez fidèlement Littré : « Petite portion. Il n’est guère usité que pour désigner la première maison de saint François et de ses compagnons aux environs d’Assise, sur laquelle s'élève aujourd’hui un sanctuaire » (exemple : l’église de la Portioncule ; l’indulgence de la Portioncule), la référence à l’indulgence apparaissant dans les exemples.

La modernité, on le sait, n’a que faire de l’histoire de l’Eglise, de théologie, de religion (sauf quand la religion est islamique), de Saint François d’Assise qui parlait aux oiseaux, des indulgences, dont elle ignore tout, y préférant la déesse tolérance. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), il n’y a pas d’entrée portioncule. Le mot, défini dans l’article portion, est amputé des sens religieux. La portioncule est une petite portion ou une très petite pièce, comme dans cet extrait de Gide : « La bibliothèque (...) est composée de deux pièces (...) : une, très exiguë (...) où travaille M. Floche (...). La seconde pièce est vaste (...). Sans m’écarter de la table devant laquelle j’étais assis, je pouvais distinguer M. Floche dans sa portioncule » (Isabelle, 1911). Il est évident que Gide, quoiqu’il fût protestant, connait la vie de Saint-François ; il n’ignore rien de ces indulgences papales qui l’amusaient ; il sait ce que désigne portioncule. Il n’emploie pas ce mot au hasard, mais par allusion ironique à Saint-François. Or, les rédacteurs du TLF, en n’exposant pas le sens religieux, n’aident pas leurs lecteurs à comprendre le sens de l’extrait que, pourtant, ils citent.

Pour comprendre ce qu’est cette indulgence, il faut consulter les dictionnaires de théologie ou les ouvrages qui traitent d’histoire de l’Eglise. Ainsi, cet extrait : « L’indulgence de la Portioncule ou du Pardon d’Assise ou encore du saint Pardon est cette indulgence plénière, que l’on peut gagner, toties quoties, moyennant les conditions requises, par la visite faite du 1er août à midi au 2 août à minuit de tout oratoire public à qui cette faveur a été accordée par privilège apostolique (…) Toute personne désireuse de gagner cette indulgence doit observer les conditions suivantes : la confession, la communion, les prières aux intentions du Saint Pontife qui doivent être six Pater, Ave et Gloria, renouvelées à chaque visite pour gagner chaque fois l’indulgence, la visite à une église ou chapelle dotée du privilège »…

Ou encore cet autre extrait sur l’origine de l’indulgence de la portioncule : « En ce temps-là, le saint Patriarche (Saint François) habitait une pauvre cellule contiguë à la chapelle qu’il avait restaurée lui-même et qui lui fut toujours si chère. Cette chapelle portait le nom de Sainte Marie des Anges et aussi de La Portioncule. Une nuit de l'été de 1216, le Saint, à genoux dans sa cellule, un crucifix dans les mains, priait de toute son âme pour la conversion des pécheurs. Tout-à-coup, il entendit une voix intérieure qui lui disait : « François, lève-toi sans retard, et rends-toi à la chapelle ! » Le Saint obéit aussitôt. Ô merveille ! Jésus et Marie étaient là, environnés d’une multitude d’Anges. Et tandis qu’il restait prosterné dans l’adoration la plus affectueuse, « François, lui dit Jésus, je sais avec quelle ardeur tu t’emploies, avec tes frères, au salut des âmes. Demande donc pour elles et pour ma gloire une grâce de choix ; je te l’accorderai en récompense de ton zèle ». Alors le Saint se leva, en proie à une vive émotion : « Ô Dieu trois fois saint, s »écria-t-il, je ne suis que cendre, poussière et péché. Mais puisque j'ai trouvé grâce devant vous, écoutez l’humble requête que je vous adresse, par l’entremise de Marie votre Mère ; que tous ceux qui, contrits et confessés, viendront dans cette église, obtiennent la rémission totale de leurs péchés et de la peine due à ces péchés ». Tandis que Marie souriait, Jésus répondit : « François, la faveur que tu me demandes est extraordinaire. Je te l’accorde cependant, mais qu’elle soit approuvée par le Chef de mon Église, à qui j’ai confié le pouvoir de lier et de délier sur la terre ». François se mit en route pour Pérouse où se trouvait le Souverain Pontifie Honorius III nouvellement élu (18 juillet 1216). A cette époque, une indulgence plénière était une faveur si rare que le Pape hésita d’abord, essayant le limiter la concession à une indulgence partielle. « Cher fils, dit-il à François, combien d’années demandes-tu ? - Mais Très Saint Père, ce ne sont pas des années que je demande, mais des âmes ! - Que veux-tu dire ? » reprit Honorius III. Et le Séraphique Apôtre de s'écrier avec chaleur : « Ce que j'implore, Très Saint Père, c'est la rémission totale des péchés et de la peine qui leur est due ». Comment résister à une si ardente supplication ? Reprenant donc les mêmes paroles de Notre-Seigneur à son serviteur : « François, répondit le Pape avec émotion, ce que tu me demandes est bien grand, mais je te l’accorde ». Quelques temps après, Honorius III décidait que cette indulgence serait perpétuelle, et fixée chaque année au 1er et 2 août, depuis les deuxièmes Vêpres de Saint-Pierre-aux-Liens jusqu’au coucher du soleil du jour suivant. C’est ce qu’on appelle l’Indulgence de la Portioncule ou du Pardon d’Assise ».

N’est-elle pas belle cette fable ? Elle vaut largement celles qu’ont gobées et que gobent encore, en dépit de la Modernité, du Progrès, de la Science, du lave-vaisselle 5 programmes et des Spoutniks, etc. des centaines de millions de gogos sur le communisme, le socialisme national, le socialisme tout court, l’islam.
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